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Abi Duhr : l’alchimiste

Abi Duhr : l’alchimiste

Il est, de loin, le vigneron Luxembourgeois le plus respecté à l’international. Nous l’avons interviewé dans sa villa de Grevenmacher adjacente avec une cave immense.

Breaking Bad

La ressemblance avec Walter White de la série “Breaking Bad » est frappante, surtout que le vigneron a commencé par étudier la biochimie. Mais dès que le dialogue débute, c’est le ton qui semble commun aux deux personnages. Direct. Dénué de tout sens du compromis. « Le goût, c’est personnel », dit-il par exemple. La vraie question qu’il s’est posé en tant que jeune vigneron consistait à choisir entre produire des bêtes de concours ou des vins agréables à boire à table. Un choix entre la reconnaissance internationale ou la gastronomie : il opta pour la seconde. Il se bat contre les effets « wow » de la première impression qui déçoivent par la suite. « Il faut que le plaisir dure jusqu’à la fin » et estime qu’il lui a fallu 15 ans pour trouver la bonne formule en s’obstinant à appliquer une approche contrariante. « La mentalité au Luxembourg mimique le « Beaujolais primeur » : le vin est produit et vendu sur le champ. A un moment, les amateurs ne veulent plus le boire, et surtout pas le garder ». Son graal ? L’harmonie.

Un héritage familial

La famille Duhr cultive le vin depuis au moins 11 générations. 350 ans. « Regardez du côté du ‘Clos mon vieux moulin’ si vous voulez explorer la généalogie. » nous confie Abi. Son grand-père, Albert Duhr, a combiné l’activité de vigneron et de membre du Parlement pour le « parti de la droite », ancêtre du CSV, quasiment jusqu’à sa mort en 1937. Et son père Aloyse, alias ‘Aly’, a poursuivi sur cette lancée en étant bourgmestre de Wormeldange, député et producteur jusqu’en 1974. C’est lui qui a acheté la villa à Grevenmacher après la seconde guerre mondiale où il commença à produire du crémant. Il délaissa un peu la vigne, mais eu trois fils. Abi qui étudia l’hôtellerie à Diekirch et la biochimie. Georges qui devint ophtalmologiste et le cadet, Léon, qui a exploité le domaine Madame Aly Duhr à Ahn jusqu’à son décès prématuré en 1999, exploité aujourd’hui par ses 2 fils, Ben et Max.

« Mes deux obsessions sont de produire du vin harmonieux que les amateurs aimeront boire et d’ouvrir de nouveaux marchés ».

Une histoire du vin

« Le Luxembourg ne s’est jamais vraiment intéressé à vendre à l’international ». D’abord parce qu’il était facile de vendre tout le vin jeune. Et ensuite pour un problème de TVA. La plupart des vignerons avaient une comptabilité rudimentaire. Le producteur payait la TVA mais ne parvenait pas à la récupérer. Abi Duhr opta dès le début pour une comptabilité capable de dépasser ce type de difficulté. De 1842 à 1918, le Zollverein a orienté la production et les goûts vers l’Allemagne. A partie de 1921, l’Union Economique Belgo-Luxembourgeoise a influencé les cépages. L’Elbling pas exemple ne correspond pas aux goûts des Belges ! Abi Duhr est avant tout un passionné qui parcours la Bourgogne, le Bordelais et d’autres régions prestigieuses d’où il revient avec des caisses de vins pour lequel il agit comme négociant.

L’alchimiste

« La patience avec le vin est très importante. Une décision catastrophique au départ peut être bénéfique à moyen terme. » Pour produire un bon vin, le cépage importe peu. Ce qui compte, c’est ce que le vigneron prévoit de faire avec. L’Elbling par exemple a mauvaise réputation mais il peut se développer comme un Chablis. « Quand j’entends les gens se plaindre que l’Elbling n’est pas un Chablis, je me dis que nous avons beaucoup progressé ! ». La maturation joue un rôle important : « Le Riesling en barrique ne donne rien, mais tout le reste fonctionne ». Parfois 2 semaines en barrique suffisent. L’assemblage est également facile selon Abi Duhr, selon un mode d’essais et erreurs entre les différentes parcelles et cépages. Finalement, « la clé réside dans le rendement”. Less is more. « Moins je récolte, moins j’ai mal au dos » conclut-il facétieusement. Dans sa cave, les caisses jaunes de ses propres vins : les célèbres « Château Pauqué ». Le Clos de la Falaise (Chardonnay). Le Riesling Vieilles Vignes. Le Riesling Paradäis. Des vins de garde : le Restaurant Fani m’a servi une bouteille de 2001 le mois dernier. Des vins capables de convaincre les amateurs que le Luxembourg n’a rien à envier aux meilleurs vignerons allemands, lorsqu’ils s’entêtent à viser l’excellence.